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Zénobie, celle qui défia Rome

Durant toute cette période de confinement, le Musée archéologique vient à vous et vous ouvre numériquement ses collections.

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Aujourd’hui, nous vous présentons l’histoire d’une femme au destin exceptionnel, Zenobie.

La reine de Palmyre défiât Rome au IIIe siècle de notre ère.

Au Bas-Empire, croisent en Méditerranée des navires chargés d’amphores à vin en provenance d’Afrique du Nord (Numidie Césarienne) qui alimentent l’Empire Romain, et particulièrement la Gaule.

Les vestiges de navires marchands de cette époque ont été découverts au large d’Agay, certains au Dramont d'autres du côté de la balise de la Chrétienne.

 

Le Musée conserve certaines amphores issues de ces gisements.

Ouvert et gratuit toute l’année, du mardi au samedi, sa visite comprend l’Eglise médiévale, les cryptes et la tour.

ZENOBIE, CELLE QUI DEFIA ROME !

J’aurai pu faire le portrait de Cléopâtre, Agrippine, Messaline, Théodora… Toutes femmes de pouvoir, qui bien souvent sont mortes tragiquement !

Mais j’ai souhaité dresser le portrait d’une femme d’exception, l’une des premières à organiser, chez elle, des salons littéraires, de s’entourer de poètes et de philosophes, d’écrivains : je vais vous parler de Zénobie, femme d’ambition, dominante, un stratège politique.

Zénobie, femme de vertus

Citoyenne romaine, elle naît vers 240, âgée d’une quinzaine, elle épouse Odenat, le gouverneur de Palmyre, A 19 ans elle est mère d’un fils qui se nomme Vahballath « don d'Athéna ». Elle avait une vraie influence auprès de son mari, notamment dans les choix stratégiques et politiques de l’administration de la cité. Sa connaissance des langues étrangères, notamment de l’araméen, le syrien, le grec, le latin, ainsi que l’intérêt qu’elle portait aux autres cultures ont renforcés son rôle. Elle se distingue, par une personnalité marquée, un tempérament indépendant, et déterminé, une femme de destinée, en somme. A 27 ans, elle est veuve. Sa beauté, son charme et son esprit brillant serviront ses ambitions.

Zénobie une la chevelure étoffée noire, aux grands yeux ébène, aux dents particulièrement blanches, d’allure féminine mais relativement virile (description du IVe siècle), elle est reconnue pour sa chasteté, et sa fidélité même après son veuvage.

Dans la littérature et la peinture du XVIe et du XVIIIe siècle, elle apparaît comme le modèle vertueux de la femme de pouvoir. Elle est l’héroïne de romans par excellence, Albinoni en 1697 lui consacre un opéra. Dans l’inconscient de l’époque, elle incarne l’Amazone, la femme d'un courage mâle et guerrier. Au XIXe elle personnifie l’orientalisme, sa beauté romanesque nourrit les intrigues et les passions, que l’on retrouve dans l’œuvre de Rossini en 1813 « Aureliano in Palmira ».

Le contexte politique

Au IIIe siècle, Palmyre est un centre culturel et économique très important.

Il faut dire que cette province, passée sous contrôle romain au Ier siècle, est le lieu de passage privilégié de toutes les caravanes commerciales provenant d’Arabie et d’orient. Les marchands affluent pour vendre des perles, des étoffes, des épices…La cité est alors un carrefour marchand incontournable.

Pendant ce temps-là, Rome connaît une crise politique et économique majeure qui réduit l’influence de l’Empire. Le pouvoir est fortement disputé, ainsi en 15 ans de 238 à 253, 18 empereurs briguent la toge impériale. Un grand nombre d'entre eux après avoir été proclamé par leurs troupes, décèdent sur le champ de bataille.

Les Perses vont capturer l’empereur Valérien en 260, les Gaulois défient les armées romaines le long de leurs frontières occidentales, et qui plus est, la peste frappe le bassin méditerranéen.

Zénobie, la régente

C’est dans ce contexte favorable que Zénobie hérite du trône de Palmyre, au cours de l’année 267, suite au décès de son époux (Odenat). Elle assure la régence en attendant que son fils, âgé alors de 8 ans, règne.

Elle s’entoure de généraux, de politiciens, de rhéteurs, et Palmyre devient, en plus d’un comptoir commercial, l’un des centres de intelligentsia et du pouvoir oriental.

Parfaitement consciente du potentiel de sa nation, la jeune régente manœuvre habilement. Elle commence par soumettre l’Egypte, ce qui inquiète Rome, puis s’empare des territoires, anatoliens pris aux Perses et proclamer son indépendance vis-à-vis de Rome.

Son hégémonie va s’étendre sur un vaste territoire, autour du bassin méditerranéen.

En 271 tout bascule, lorsque qu’elle s’octroie, a 37 ans, le suprême titre d’Impératrice de Palmyre et attribue celui d’Auguste à son fils.

Elle devient alors l’ennemie de Rome, les liens commerciaux et politiques sont rompus. Les affrontements se multiplient, notamment à Antioche.

Zénobie, accompagne ses hommes sur le terrain, fédère ses troupes et combat à leurs côtés.

En 272 Aurélien, l’Empereur de Rome assiège la ville, les Palmyréniens, en infériorité numérique et moins bien équipée que l’armée romaine, capitulent. Zénobie est capturée et ramenée à Rome. Il semblerait que qu’après avoir été exhibé dans la capitale tel un trophée, enchaînée d’entraves d’or, elle aurait fini ses jours en concevant son rang, toutefois, on ignore la date, le lieu et les circonstances de sa mort. 

Quoi qu’il en soit, elle figure assurément parmi les reines les plus puissantes de l’Histoire antique.

Zénobie et Palmyre

Zénobie a été une actrice majeure de l’histoire de Palmyre et de l’Empire, après elle, la ville perd définitivement de sa superbe.

La « Venise ou la Perle du désert » a laissé des monuments classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. En 2015 le cité bombardé par Daech, laissant un champ de ruine, et des victimes.

On ne peut que dénoncer ces « crimes patrimoniaux » et rendre hommage à Zénobie, à travers l’héritage culturelle qu’elle laissa derrière elle. 

Elle restera à jamais celle qui défia l’empire Romain !