5e génération de chasseur, Laurent Liberato connaît l'Estérel comme sa poche. Pour lui c'est sûr, ce massif forestier ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui si l'ONF, faute de moyens financiers, ne pouvait pas compter sur l'aide des bénévoles de la Diane.

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Une « Diane » indispensable à l’équilibre de l’Estérel

La chasse. Sujet tabou pour certains, à discuter pour d'autres, comment fonctionne réellement l'une des plus anciennes associations de la Ville. La Diane de l'Estérel, ou plutôt son président actuel Laurent Liberato nous ouvre les portes d'un domaine où le "pour vivre heureux, vivons cachés" est souvent de mise…

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Brocardées par les « inconnus » dans un sketch au vitriol dans les années 80 ; pointées du doigt par certaines associations écologistes qui souhaitent leur interdiction ; les sociétés de chasse jouissent parfois d’une image peu flatteuse auprès d’une partie de la population. Mais est-ce mérité ? Qu’en est-il exactement sur le terrain ? Que deviendrait, par exemple, l’Estérel sans sa Diane ? Quels rôles jouent les chasseurs au quotidien dans ce massif forestier (propriété de l’Office National des Forêts) où se côtoient régulièrement promeneurs et vététistes ? Toutes ces questions ont été posées à Laurent Liberato, l’actuel président de la « Diane de l’Estérel », l’une des plus anciennes associations de la commune (créée en 1926).

Laurent, à quoi sert une société de chasse dans l’Estérel ?

« Son but premier est de réguler les populations animales et notamment le gros gibier. Elle est là pour assurer le bon équilibre de la faune. Dans l’Estérel, sangliers, chevreuils, biches et cerfs n’ont aucun prédateur naturel. Si ces populations ne sont pas régulées par des prélèvements réguliers, il y aurait très vite un problème de surpopulation, ce qui engendrerait de sérieuses nuisances pour l’homme. Ce que je souhaite souligner, c’est que les chasseurs sont avant tout des amoureux de la nature et de la faune qui y vit. D’ailleurs, tout ce que nous faisons dans l’Esterel, nous ne le faisons qu’avec l’accord de l’ONF qui est le seul patron des lieux ».

Pourquoi cette image négative alors ?

« Elle est due le plus souvent à une méconnaissance de nos actions, voire à la mauvaise foi de certains. On essaie de faire passer la chasse où les chasseurs pour des gens obtus et cruels accrochés à des traditions d’un autre âge. Prenons le problème à l’envers. Qui, à part nous, crée des zones refuges dans l’Estérel pour le gibier afin de le fixer sur des parties éloignées des habitations ? Qui procède à des lâchers réguliers d’animaux (600 en 2018) comme la perdrix ou le faisan ? Qui participe à l’entretien des sentiers et des pistes du massif ? Qui crée des points d’eau pour les animaux (12 en 2018) et des parcelles de blé (plus d’un hectare) pour que ceux-ci ne viennent pas saccager les cultures des agriculteurs ? Et ce ne sont là qu’une partie des actions que nous menons. On ne garde en mémoire que les animaux que nous prélevons et on occulte tout le reste, y compris tout ce que cela pourrait engendrer si nous n’étions plus là pour maintenir cet équilibre précaire entre l’homme et cette nature ».

Par exemple ?

« Tous ces animaux, si sympathiques soient-ils en apparence comme une biche, sont des animaux sauvages. Ils ont logiquement besoin d’un certain espace pour vivre. Un espace où ils devront trouver nourriture et eau en abondance. Si vous arrêter les prélèvements, donc la chasse, ils vont proliférer et étendre leur territoire. Dans un premier temps, ils vont se rapprocher des habitations, ce qui est de plus en plus le cas, puis des centre-ville. Percutez un cerf avec une moto ou faites-vous charger par un sanglier dans votre jardin et vous ne verrez plus ces animaux de la même manière ».

On parle de prélèvement annuel, mais cela marche comment ?

« Chaque année, on nous impose un quota que nous devons respecter avec un minimum et un maximum. Dans les deux cas, si vous ne remplissez pas ce quota, vous êtes fortement sanctionnés (environ 1500€ d’amende). De plus, à l’exception du sanglier qui est considéré comme nuisible, à chaque fois que vous prélevez un animal, vous payez pour cela. 27€ pour un chevreuil, 92€ pour un cerf ou une biche. Ajoutez à cela la parcelle que nous louons à l’ONF chaque année (13.500€), tenir un équilibre budgétaire n’est pas toujours facile. Surtout si, comme cette année, on nous demande de prélever plus d’animaux ».

Et qui fixe ces quotas ?

« Ce qu’il est très important de savoir, c’est que c’est l’Etat, par le biais de l’ONF et de la DDTM (Direction Départementale des Territoires et de la Mer), qui nous fixe ce quota. Si les sociétés de chasse ne sont plus là, c’est l’Etat qui va devoir prélever ces animaux. Tout ceci aurait alors un coût supplémentaire pour le contribuable local et dans notre cas pour l’Estérel, ceci a été estimé à 120.000€ par an. Sans parler des recettes précédemment citées que l‘Etat n’encaisserait plus et du perpétuel entretien de la forêt que les chasseurs effectuent bénévolement sous l’autorité de l’ONF ».

Et la sécurité dans tout cela ?

« Chez nous c’est tolérance zéro pour ceux qui ne respectent pas les règles. On est intransigeant sur ce sujet. Le risque zéro n’existe pas et n’existera jamais mais on peut le limiter au maximum. C’est ce que l’on a toujours fait ici et ce depuis plus de 90 ans d’existence ».