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Jean-François Krakowski tire sa révérence à la tête du SRVHB

Ce mardi 6 octobre, Jean-François Krakowski est rentré sous une haie d’honneur sur le terrain pour saluer les 1 500 supporters présents au Palais des Sports qui lui avaient réservé une ovation. Très ému, le Président du Saint-Raphaël Var Handball cèdera officiellement sa place à la tête du club le 14 octobre après 34 ans de présidence. Jean-François Krakowski revient sur ses années au SRVHB.

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Qu’avez-vous ressenti mardi soir lors de ce dernier match contre Paris ?


Beaucoup d’émotions, on se remémore toutes ces années, quand j’ai commencé le handball à la salle omnisports dans les années 70, de tout ce qu’on a construit avec mes potes. On se rappelle les grands moments, la montée en D2, la finale de la coupe d’Europe… On voit le chemin parcouru et il y a un peu de fierté d’avoir réussi à faire tout ça. J’ai réussi à fédérer autour de moi beaucoup de gens que ce soient les collectivités territoriales avec dans un premier temps Georges Ginesta puis aujourd’hui avec Frédéric Masquelier qui nous soutient et pour qui le sport et le handball sont importants.

Il y eu une belle entrée sur le terrain avec un public qui vous a ovationné…


J’étais censé arrêter en juin, mais avec la Covid ça a été compliqué. Je ne voulais pas partir comme cela et accompagner l’équipe dans cette période qui n’était pas facile à gérer. Puis, je souhaitais aussi partir devant mon public, c’était important. J’avais mon public, mes joueurs, ma famille, mes amis, et beaucoup de monde que j’aime. C’était un grand moment de partage et c’est là qu’on se dit qu’on ne s’est pas trop trompé. Je pense que l’image que je véhicule est en accord avec moi-même.

Comment vous êtes-vous lancé dans ce projet il y a 34 ans ?


Malheureusement, le Président de l’époque est décédé et il a fallu prendre la suite. À l’époque, j’aurais pu quitter le club, car j’avais des propositions d’autres clubs car je jouais ici en 6e division, mais moi Saint-Raphaël, c’est ma ville et je voulais rester. J’ai été Président et joueur pendant presque dix ans. Cela a été long, il a fallu être persévérant et petit à petit, on est monté jusqu’en 1e division.

Quand vous avez repris le club en 5e division, quel était votre projet ?


À cette époque-là, j’ai comme ami Alain Fabianni qui jouait avec Fréjus en Coupe d’Europe. On faisait des soirées ensemble et un soir je lui dis : un jour, je ferai une Coupe d’Europe. Cela devait être vers 1988. J’avais déjà cette ambition de monter ce club au plus haut niveau, après je ne pensais pas que ce serait si long, mais à force de persévérance on a réussi.

La différence entre présider un club de 5e division puis de D1 doit-être énorme ?


C’était une époque où les joueurs n’étaient pas payés, cela n’avait rien à voir avec ce que l’on a aujourd’hui. Le budget devait être de moins de 100 000 francs. On gère 40 employés, plus de 4 millions de budget. On a les mêmes contraintes que tous les chefs d’entreprise. Il y a une pression financière, médiatique, sportive et politique. Il faut réussir à gérer tout cela. Ma force est d’avoir grandi avec ce club et de connaître les rouages de gestion d’un club. J’ai été, arbitre, entraîneur et joueur.

Quand le club a pris de l’importance est-ce qu’il y a eu un moment où vous vous êtes dit que cela allait être compliqué ?


À un moment donné, on se pose des questions. Quand on est vice-champion de France et en Coupe d’Europe il faut y rester. Mais plus on est haut, plus on a de gens qui s’intéressent à nous et plus c’est facile. Là on vit une période compliquée avec cette crise sanitaire, il faudra être raisonnable dans les investissements. Mais bon, il y a une équipe stable avec des joueurs attachants qui sont là pour encore quelques années. On a des partenaires historiques, Emmanuel Murzereau qui prend ma succession sera dans la continuité. Et moi, je vais garder mon rôle d’ambassadeur, je ne vais pas lâcher ce club complètement.

Quel est votre plus beau souvenir ?


C’est notre premier match de Coupe d’Europe, eu Ukraine. On gagne là-bas, en plus mon fils marque 5 buts. On se dit ça y est on l’a fait. Mais ce n’était qu’une étape l’appétit vient et on progresse au fil des années jusqu’à atteindre une finale qu’on n’est pas loin de gagner face à Berlin. Dans le Var, il y a le rugby au RCT et le handball à l’est. C’est une fierté d’avoir pu installer le sport dans cette région.

Puis d’avoir ce Palais des Sport à votre nom a dû être un grand moment ?


C’est une fierté, car on reconnaît mon travail, mais sur le coup j’ai dit que des gens le méritaient plus que moi. Il y a toujours des petites anecdotes dans ces moments-là, des gens téléphonaient pour savoir si j’étais toujours vivant (rires).

Est-ce que vous avez eu des doutes ?


L’année où on monte en première division, on redescend la saison suivante et là on se dit « tout ça pour ça ». On s’est aperçu que l’on n’était pas prêt. On est monté trop vite, nous n’étions pas structurés. La première année quand on monte c’est très compliqué, car on te fait sentir que la place pour se maintenir est chère.

Et des regrets ?


Aucun. Je pense que j’ai tout fait avec passion. J’ai fait des erreurs, mais pas de regrets, car j’ai tout fait avec le cœur pour l’intérêt général. J’ai toujours mis de l’humain dans ce que j’ai fait, même si je peux être ferme.

Cela vous est arrivé de hausser le ton auprès des joueurs ?


Souvent. Chaque année, je descends deux ou trois fois dans le vestiaire. L’an passé, je descends avant le match face à Montpellier car on est sur cinq défaites consécutives et je ne peux pas accepter cela. J’ai un discours assez ferme, mais qui porte ses fruits car derrière on enchaîne avec plusieurs victoires. Il faut être juste mais dire les choses et ça les joueurs l’acceptent.

Les joueurs décrivent le SRVHB comme un club familial. C’est un aspect important pour vous ?


Ça me ressemble et les joueurs le ressentent car je suis près d’eux et je fais en sorte qu’ils soient bien installés. C’est ma façon de gérer le club et je pense que cela a permis de passer certains moments difficiles.

Comment est venu le déclic pour annoncer votre arrêt ?


À un moment donné, je me suis dit que je faisais ça depuis 30 ans et qu’il fallait que j’arrête car la vie ce n’est pas que le handball et que j’ai d’autres choses à vivre. Ma femme est à mes côtés depuis le début et sans elle je n’aurais pas tenu. Elle a fait beaucoup de sacrifices. Et puis comme je dis, ma gueule peut-être certains en ont marre de la voir (rire) et qu’il faut passer à d’autres personnes. Moi, je n’ai pas fait cela pour être Président à vie.

Comment s’est passé le choix de votre successeur ?


Quand j’annonce mon départ il y a un an et demi, on recherche des candidats et ils ne sont pas nombreux. Puis Emmanuel Murzereau était prêt à relever le challenge. On fait un conseil de surveillance qui valide sa candidature et cela fait un an qu’on travaille ensemble. La passation se passe bien et il est dans la continuité de ce qu’il se fait en ce moment.

Comment voyez-vous l’avenir du club ?


Je pense qu’il faudra être patient, la crise covid va avoir des conséquences. On ne sait pas comment va se passer l’hiver et comment la crise va être vécue par les partenaires. Il faut être patient et stabiliser ce qui est fait. La saison se passera bien je ne suis pas inquiet pour cette année.

Vous allez faire quoi le 16 octobre lors du prochain match à domicile ?


Je serai au match pour soutenir l’équipe et mon fils. Je ne sais pas comment je vais le vivre si je serai plus détaché ou passionné. Ce club, je l’ai dans les tripes et je serai toujours à ses côtés.

Quels sont vos défis sportifs pour le futur ?


J’ai fait l’ascension du Mont-Blanc il y a 4 ans, puis le GR 20 sportif l’année dernière. Maintenant, je vais faire le tour du Mont-Blanc puis la Diagonale des Fous.

Un dernier mot pour les supporters et les gens qui vous ont soutenu…


Un grand merci, je les adore. Quand je vois mardi toutes les personnes présentes, les applaudissements et les encouragements je dis merci, car c’est réciproque et sans eux je n’aurais pas réussi.