César Laugier : Un Raphaëlois dans la Grande Guerre

Mercredi, 9 novembre, 2016 - 16:45

 

Incorporé au 159e Régiment d’Infanterie Alpine en 1915, le jeune homme était le matricule 15310. Blessé au Bois des Chênes, il a connu Verdun et l’enfer du Chemin des Dames. Par deux fois cité, César Laugier était titulaire de la croix de chevalier de la Légion d’honneur, de la croix de guerre, de la médaille militaire. L’occasion de rappeler en ces commémorations du 11 novembre, l’engagement de cet enfant du pays et des cent-trois Raphaëlois morts pour la France durant la Grande Guerre.

Provençal de vieille souche, César Laugier voit le jour le 11 juillet 1896 au Grand Caous. Ses parents, grands-parents, arrières grands-parents et trisaïeuls, s’inscrivent dans ce territoire agathonien, d’abord à la ferme de Roussiveau, puis du Castellas, avant celle du Grenouillet en tant que métayers. Le travail consiste principalement à la levée du liège, les coupes de bois, à la collecte des souches de bruyères et la fabrication des fagots pour les boulangers. C’est une vie en autarcie pour ces estérelliens tenaces et durs à la tâche. Respectée de tous, la famille compte neuf enfants.

César Laugier

L’Artois, Verdun, le chemin des Dames

C’est à dix-neuf ans, le 1er septembre 1915, que cet homme de la terre répond avec courage à l’appel de la Patrie et revêt l’uniforme du « régiment de la neige », se distinguant par le béret et une ceinture bleue (sur la photographie, il s’agit de l’uniforme du soldat d’infanterie). Le 159e RIA est en casernement à Briançon (Hautes-Alpes), 88e brigade d’infanterie, 44e division, rattaché ensuite à la 77e division. Dès le mois d’août 1914, le régiment est engagé dans des opérations en Alsace, les Vosges, le Pas-de-Calais. C’est précisément en Artois qu’est envoyé César Laugier, en 1915. Le régiment a perdu ici un tiers de son effectif mais tient le terrain conquis au prix d’âpres combats. Ce qu’il lui vaut d’être cité à l’ordre de l’armée. En février 1916, les hommes rejoignent Verdun et ses alentours. Un quart d’entre eux meurt dans la Meuse en trois semaines. En août, le soldat Laugier est au premier rang de la bataille de la Somme. Le régiment finit l’année dans un secteur plus calme de l’Aisne, à Port Fontenoy, au château de Nogent. Mais en avril 1917, c’est l’effroyable bataille du chemin des Dames, secteur de Le Crotoy, la ferme rouge et la côte 143. Attaques, contre-attaques, pertes rudes dans les deux camps pour des résultats peu importants, caractérisent l’engagement qui se poursuit jusqu’en juillet.

Citations, blessure, décorations

Le grenadier d’élite qu’est devenu César est cité à l’ordre du 159e Régiment d’Infanterie Alpine par le lieutenant-colonel Rat, le 20 juin 1917. Motif de la citation : « A montré dans la période du 2 au 11 juin des qualités de sang-froid, de coup d’œil et d’allant qui ont été d’un exemple entraînant pour sa section ». Après une période d’instruction durant l’hiver, le régiment est engagé en mars 1918 dans la bataille du Plémont (Oise). Les allemands sont rejetés à la baïonnette après avoir enfoncé les lignes. Nouvelle citation du régiment à l’ordre de l’armée. Devenu caporal, César est cité le 3 avril suivant à l’ordre de la 53e division. Motif de la citation : « Le 30 mars 1918, faisant partie d’une patrouille ayant mission de rechercher une liaison et se trouvant subitement face avec des allemands, a combattu à la grenade avec la bravoure qui lui est coutumière, a eu sa capote traversée par une balle ». De ses blessures, ne lui restera plus tard que le mauvais souvenir de quelques éclats de mitraille dans le genou. En juillet, l’engagement se poursuit dans la Marne, au sud d’Epernay. Les allemands sont rejetés au-delà de la rivière, après de lourdes pertes. Fin juillet, on relève huit jours de combats ininterrompus dans le secteur de Reims, où l’ennemi est refoulé au-delà de la cité champenoise. En octobre, ce sont les Flandres. Le régiment enlève les hauteurs de Hooglede et franchit  en quinze jours la Lys, atteint l’Escaut et les faubourgs de Gand (Belgique), après avoir conquis quarante kilomètres de terrain, fait cinq cent soixante prisonniers, pris vingt canons et un matériel considérable à l’ennemi. Il est cité pour la troisième fois à l’ordre de l’armée. Le 159e fera une entrée triomphale à Bruxelles. A Liège, il reçoit la visite du roi Albert de Belgique. Il poursuit jusqu’à Aix-la-Chapelle (Allemagne). La garde du Rhin lui est alors confiée. Le régiment rejoint Briançon en 1923.

Retour à la terre et Légion d’honneur

Rentré en 1918 au Castellas, César reprend le métier de cultivateur avec ses parents. Vignes, pêchers, abricotiers et pruniers sont plantés pour diversifier la production fruitière. Le jeune homme de vingt-deux ans rencontre Marie et convole en justes noces. Le couple s’installe à la ferme du Grenouillet. Ils auront huit enfants, cinq garçons et trois filles, entre 1925 et 1942, tous élevés dans la dignité et le courage. Symbole fort de cette terre agathonienne, il est estimé pour son amour du travail bien fait et sa grande générosité. Engagé politiquement, il défend avec conviction les valeurs de la famille socialiste. Au fil des décennies, il reçoit la médaille interalliée, la croix de guerre 14-18, la médaille militaire en 1938. Il est lieutenant de louveterie de 1960 à 1968 et fait chevalier du Mérite agricole en 1965. A ce brillant palmarès vient s’adjoindre en 1981la Légion d’honneur.

Le patriarche s’éteint le 1er février 1981, dans sa quatre-vingt-cinquième année. Ses obsèques se tiennent en la chapelle d’Agay, avant son inhumation le 2 au cimetière Alphonse Karr, en présence des autorités civiles communales et départementales, d’une foule de parents, amis et connaissances, d’associations patriotiques, anciens combattants mutilés et victimes de guerre.

103 Raphaëlois morts pour la Patrie

Près de huit millions d’hommes seront mobilisés sur la durée de la guerre en France. A Saint-Raphaël, près de mille le sont pour la même période, cinq cents dès le mois d’août 1914. Alors que le Pays dénombre un million quatre cent mille morts et disparus pour quarante et un millions six cent trente mille habitants, la cité de l’Archange en déplore cent trois, pour une population estimée à cinq mille habitants. La « Victoire Ailée », square du Souvenirs Français, leur rend hommage.

Cet article a été réalisé grâce au témoignage d’Henri Laugier, fils de César Laugier, ainsi qu’aux recherches effectuées par Jean-Christophe Glories sur le 159e Régiment d’Infanterie Alpine de Briançon.

Photographie : Collection particulière Henri Laugier et Affiche du Musée de Péronne

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